Une journée de mariage peut durer dix, douze, parfois quinze heures.
Alors lorsqu’un vidéaste annonce un film de 5, 6 ou 7 minutes, la question est assez naturelle :
Comment peut-on raconter une journée entière en si peu de temps ?
Pourtant, une partie des films de mariage contemporains s’est progressivement éloignée du compte rendu chronologique pour aller vers une écriture plus resserrée, plus narrative et parfois plus créative.
Ce qui a changé n’est donc pas seulement la durée.
C’est la manière de raconter.
Un film plus court ne cherche pas nécessairement à montrer moins. Il cherche souvent à sélectionner davantage, à rapprocher des moments, à utiliser les voix et les sons autrement et à donner à chaque image une véritable fonction dans le récit.
Le film de mariage ne cherche plus forcément à tout montrer
Pendant longtemps, une manière assez naturelle de construire un film de mariage consistait à suivre le déroulement de la journée :
les préparatifs, la cérémonie, le cocktail, le dîner, l’ouverture de bal, puis la soirée.
Cette chronologie reste parfaitement adaptée à certains films et à certaines attentes.
Mais elle n’est plus la seule façon de raconter un mariage.
Un film peut aujourd’hui commencer par quelques secondes de fête, revenir au calme des préparatifs, utiliser une phrase prononcée pendant un discours plusieurs heures plus tard, puis repartir vers la cérémonie.
La journée reste la matière première.
Mais sa chronologie n’est plus nécessairement celle du film.
Raconter ne signifie pas tout montrer
C’est probablement le changement le plus important.
Pour comprendre une scène, nous n’avons pas toujours besoin de la voir dans son intégralité.
Quelques secondes peuvent suffire.
Une main qui tremble légèrement pendant les préparatifs. Un père qui découvre sa fille. Un regard échangé pendant la cérémonie. Un éclat de rire au milieu d’un discours. Quelques secondes de silence avant une entrée.
Pris séparément, ce sont des fragments.
Mais lorsqu’ils sont choisis et assemblés, ils permettent de comprendre beaucoup plus que ce qu’ils montrent littéralement.
C’est le principe de l’ellipse : laisser au spectateur la possibilité de comprendre ce qui existe entre deux images sans avoir besoin de tout lui montrer.
Le film devient alors plus dense.
Non pas parce qu’il va nécessairement plus vite, mais parce que chaque séquence peut contenir davantage d’informations.
La chronologie devient une matière plutôt qu’une contrainte
C’est aussi ce qui permet beaucoup plus de créativité au montage.
Une phrase prononcée à 20 heures peut accompagner des images tournées à 14 heures.
Les mots d’un parent peuvent être associés à une séquence du couple.
Une image de la soirée peut apparaître au début du film puis prendre un autre sens lorsqu’on la retrouve quelques minutes plus tard.
Deux moments qui étaient séparés de plusieurs heures le jour du mariage peuvent ainsi se répondre dans le film.
Ce sont ces rapprochements qui permettent de construire une narration.
Le montage ne consiste plus seulement à décider quelle image vient après une autre. Il permet de créer des liens entre des moments qui n’en avaient pas nécessairement dans la chronologie réelle de la journée.
Le son permet de raconter sans avoir besoin de tout montrer
Cette évolution ne concerne d’ailleurs pas seulement les images.
Le son joue un rôle essentiel.
Une phrase issue des vœux peut raconter quelque chose du couple pendant que l’image nous montre tout autre chose.
Quelques mots prononcés par une grand-mère, un père, une sœur ou un témoin peuvent donner une profondeur nouvelle à des images que l’on a vues quelques secondes auparavant.
Et il n’y a pas que les discours.
Les applaudissements d’une cérémonie. Une respiration. Les conversations pendant un cocktail. Le bruit d’une robe. Une porte qui s’ouvre. Les invités qui commencent à chanter. Le changement brutal d’ambiance lorsque débute la soirée.
Tous ces sons participent au récit.
Le film peut ainsi raconter plusieurs choses simultanément :
ce que l’on voit, ce que l’on entend et ce que l’on comprend de la relation entre les deux.
C’est aussi ce qui permet à quelques minutes de film d’être beaucoup plus riches qu’une simple succession de belles images accompagnées d’une musique.
Plus court ne veut surtout pas dire plus rapide
C’est une distinction importante.
Réduire la durée d’un film ne consiste pas à multiplier les plans ou à accélérer constamment le montage.
Un film de mariage de quelques minutes n’a pas vocation à devenir un Reel de six minutes.
Il a besoin de respirer.
Certains plans peuvent durer davantage. Une phrase peut avoir besoin d’aller jusqu’au bout. Une musique peut disparaître pour laisser quelques secondes au son réel. Après une séquence très énergique, un regard ou un silence peut parfois être beaucoup plus puissant qu’une nouvelle succession d’images.
Le dynamisme ne vient pas seulement de la vitesse. Il vient aussi des contrastes.
Du calme après l’énergie.
Du silence après la musique.
D’un plan qui dure après plusieurs plans très courts.
D’un moment intime après une séquence collective.
C’est cette variation qui crée le rythme et permet au film de rester fluide sans devenir frénétique.
Sélectionner davantage permet aussi de donner une identité au film
Une journée de mariage produit énormément de matière.
Des centaines de situations. Des regards. Des conversations. Des gestes. Des détails. Des réactions.
Tout ne peut pas avoir la même importance dans le film.
Le montage consiste donc aussi à identifier ce qui caractérise réellement ce mariage.
Sur l’un, ce sera peut-être la relation avec les familles.
Sur un autre, l’énergie incroyable des amis.
Ailleurs, ce seront les discours, une cérémonie particulièrement forte, beaucoup d’humour ou au contraire quelque chose de très intime.
Raccourcir oblige à faire des choix.
Et ces choix peuvent justement permettre au film d’avoir une identité beaucoup plus affirmée.
Le but n’est plus nécessairement de pouvoir cocher chaque étape de la journée.
Il est de pouvoir regarder le film et se dire :
Un film court peut donc être très différent d’un résumé
Un résumé cherche généralement à condenser une journée.
Un film narratif cherche davantage à l’interpréter.
La différence peut sembler subtile, mais elle change beaucoup de choses au montage.
Si je cherche uniquement à résumer, je dois principalement répondre à la question :
Que s’est-il passé ?
Si je cherche à construire un film, d’autres questions apparaissent :
Qu’est-ce qui caractérisait ce mariage ?
Quelles relations étaient particulièrement importantes ?
Quels mots donnent du sens aux images ?
Où faut-il ralentir ?
À quel moment faut-il au contraire créer de l’énergie ?
Quelle image mérite de revenir ?
Que peut-on ne pas montrer parce que le spectateur l’a déjà compris ?
C’est à cet endroit que la durée cesse d’être uniquement une contrainte technique pour devenir un choix d’écriture.
Nos habitudes de spectateurs ont également évolué
Nous sommes aujourd’hui habitués à comprendre très rapidement le langage des images.
Dans un film, une série, un documentaire ou une publicité, personne n’a besoin de voir un personnage monter dans sa voiture, démarrer, parcourir trente kilomètres, se garer puis entrer dans une maison pour comprendre qu’il s’est déplacé.
Une image de départ puis une image d’arrivée suffisent.
Le spectateur reconstruit naturellement ce qui s’est passé entre les deux.
Un film de mariage peut utiliser exactement les mêmes principes.
Il n’est pas nécessaire de montrer intégralement chaque transition pour comprendre le déroulement d’une journée.
Cela laisse davantage de place aux moments qui apportent réellement quelque chose au récit.
Pourquoi 5 à 7 minutes peuvent finalement contenir beaucoup
Dans mon travail, mes films courts durent aujourd’hui généralement autour de 5 à 7 minutes.
Cette durée s’est progressivement imposée avec ma manière de raconter, mon expérience du montage et les retours de mes mariés.
Elle me permet de conserver ce que je recherche dans un film : de la créativité, du rythme, des respirations, une narration fluide et suffisamment de densité pour avoir envie de le regarder encore et encore.
Mais ces quelques minutes sont le résultat d’une journée entière de matière.
Le film peut contenir des images des préparatifs, de la cérémonie, du cocktail, des moments de couple, du dîner et de la soirée sans pour autant consacrer une séquence complète et chronologique à chacune de ces étapes.
Il sélectionne ce dont il a besoin pour raconter.
Et c’est une différence importante :
la durée du film ne correspond pas à la quantité de matière filmée. Elle correspond à la manière dont cette matière est utilisée.
Et si l’on souhaite retrouver davantage de la journée ?
C’est une autre attente, tout aussi légitime.
Certains couples souhaitent disposer, en complément, d’un film plus chronologique qui laisse davantage de place aux différents moments du mariage.
D’autres veulent conserver une cérémonie ou certains discours de manière beaucoup plus complète.
Dans ce cas, un film long ou des captations spécifiques répondent mieux à cette envie de mémoire.
Mais ce n’est plus exactement la même fonction.
La vraie question n’est peut-être pas : combien de temps dure le film ?
Lorsque vous découvrez le travail d’un vidéaste de mariage, la durée reste évidemment une information utile.
Mais elle ne dit pas comment ces minutes sont utilisées.
Un film de 6 minutes peut sembler trop court sur une brochure et parfaitement juste lorsqu’on le regarde.
Un film plus long peut permettre de retrouver beaucoup plus de moments si c’est ce que l’on recherche.
La question intéressante devient alors peut-être moins :
« Combien de minutes vais-je recevoir ? »
que :
« Qu’est-ce que le film parvient à raconter pendant ces minutes ? »
Parce qu’un film de mariage n’a pas nécessairement besoin de tout montrer pour nous permettre de retrouver une journée.
Parfois, quelques images, une voix, un silence et un regard suffisent à faire revenir beaucoup plus que ce que l’on voit réellement à l’écran.