« Nous ne sommes pas très à l'aise devant les photos. »
« On a peur d'être gênés devant la caméra. »
« On voudrait surtout quelque chose de naturel. »
Ce sont probablement trois des phrases que j'entends le plus souvent lorsque je rencontre des futurs mariés.
Et elles parlent finalement de la même inquiétude : la peur que la présence d'une caméra transforme la manière dont vous allez vivre votre mariage.
Pourtant, il n'est pas nécessaire d'être à l'aise devant une caméra pour avoir un film de mariage naturel. Et pendant la grande majorité de la journée, vous n'avez même rien de particulier à faire.
Vous vous mariez pour vivre votre mariage, pas pour passer votre journée à fabriquer des images de votre mariage.
Être filmé pendant son mariage n’est pas la même chose que poser devant une caméra.
Il y a une différence importante entre être filmé et devoir jouer pour la caméra.
Pendant les préparatifs, une cérémonie, un cocktail ou un dîner, mon travail consiste principalement à observer ce qui se passe et à trouver ma place pour le filmer.
Un regard échangé pendant les préparatifs. Une main qui se pose sur une épaule. Une réaction pendant un discours. Un rire au milieu du cocktail. Quelques secondes de silence juste avant une cérémonie.
Ces moments existent déjà.
Je n’ai pas besoin de les provoquer pour pouvoir les filmer.
C’est aussi pour cela que les personnes qui me disent être très mal à l’aise devant une caméra sont souvent surprises lorsqu’elles découvrent leur film.
Elles ne se souviennent parfois même pas de certains plans.
Est-ce que le vidéaste va nous demander de refaire certaines choses ?
Dans ma manière de travailler, très rarement.
Je ne vais pas vous demander de recommencer une entrée dans une pièce parce que je n’étais pas au bon endroit, de refaire un échange avec vos proches ou de reproduire une émotion qui vient d’avoir lieu.
Si un moment est passé, il est passé.
Cela demande évidemment d’anticiper davantage : comprendre ce qui va se produire, observer les personnes, choisir rapidement un cadre et parfois accepter qu’un moment réel ne soit pas techniquement parfait.
Mais c’est justement cette réalité qui donne sa valeur aux images.
Un mariage n’est pas un tournage.
Et la séance couple ?
C’est généralement le moment qui inquiète le plus les couples qui n’aiment pas être filmés.
Parce que, pour une fois, vous savez que le photographe et le vidéaste sont là pour vous.
Pour autant, une séance couple n’a pas besoin de devenir une succession de poses.
Je peux donner quelques indications très simples : vous proposer de marcher, de vous déplacer vers une lumière plus intéressante ou de vous placer à un endroit qui fonctionne mieux visuellement.
Mais l’objectif n’est pas de vous faire interpréter quelque chose qui ne vous ressemble pas.
Il s’agit plutôt de créer les bonnes conditions et de laisser ensuite quelque chose se passer entre vous.
Et surtout, cette séance ne doit pas absorber votre journée.
Vous vous mariez pour vivre votre mariage, pas pour passer des heures à fabriquer des images de votre mariage.
« Dès que je vois une caméra, je me crispe »
C’est normal de penser que l’on va remarquer la caméra toute la journée.
Dans la réalité, il se passe généralement l’inverse.
Au début des préparatifs, vous pouvez être davantage conscient de ma présence. Puis la journée commence réellement : les proches arrivent, l’émotion monte, il faut partir pour la cérémonie, les invités sont là…
Et la caméra cesse progressivement d’être le centre de votre attention.
Comment avoir un film de mariage naturel ?
Un film de mariage naturel ne dépend pas vraiment de votre capacité à oublier qu'une caméra est présente. Il dépend surtout de la manière dont le vidéaste travaille autour de vous.
Pour obtenir des images spontanées, le principe est assez simple : vous laisser vivre les moments plutôt que les fabriquer pour la caméra.
Cela signifie ne pas interrompre une conversation parce que la lumière serait meilleure quelques mètres plus loin. Ne pas vous demander de recommencer une entrée dans une pièce. Ne pas provoquer artificiellement une émotion ou un geste simplement parce qu'il fonctionnerait bien à l'image.
Mon travail consiste plutôt à anticiper. À choisir ma place, ma focale, mon cadre et ma distance pour pouvoir filmer ce qui se passe sans avoir besoin de le modifier.
Il y a évidemment des moments où je peux donner une indication très simple, notamment pendant la séance couple. Mais même à ce moment-là, l'objectif n'est pas de vous faire jouer une scène. Une direction légère peut simplement permettre de créer les conditions dans lesquelles quelque chose de naturel va se produire : marcher, parler ensemble, se rapprocher, profiter quelques minutes d'être à deux.
Le naturel ne vient donc pas de l'absence de travail autour de l'image. Il vient du fait que ce travail ne vous oblige pas à sortir de ce que vous êtes en train de vivre.
C'est aussi pour cette raison qu'il n'est pas nécessaire d'être particulièrement à l'aise devant une caméra. Vous n'avez pas à produire les images. C'est au vidéaste de savoir les trouver.
Il y a également une différence entre filmer quelqu’un à quelques dizaines de centimètres de son visage et travailler avec suffisamment de distance pour lui laisser son espace.
Le choix du cadre et de l’objectif permet justement de chercher une émotion sans forcément entrer dans la bulle de la personne qui la vit.
Un film naturel ne signifie pas un film laissé au hasard
C’est une nuance importante.
Ne pas interrompre ce qui se passe ne signifie pas simplement allumer une caméra et attendre.
Pour obtenir des images naturelles et esthétiques, il faut au contraire beaucoup anticiper.
Où va probablement se produire l’action ?
D’où vient la lumière ?
Quel arrière-plan va fonctionner ?
Qui est important dans ce moment ?
Quelle focale permet de rester suffisamment proche sans intervenir ?
Faut-il rester ou se déplacer avant que quelque chose ne commence ?
Une grande partie du travail se joue quelques secondes avant l'image que vous verrez finalement dans le film.
C’est ce qui permet de conserver des cadres construits, une image cohérente et une colorimétrie travaillée, sans transformer les moments vécus en scènes mises en place pour la vidéo.
Vous n’avez pas besoin de « savoir quoi faire »
C’est probablement le point le plus important.
Vous n’avez pas à penser au film pendant votre mariage.
Vous n’avez pas à vous demander régulièrement où se trouve la caméra, si vous êtes bien placé ou si un moment mérite d’être filmé.
C’est mon travail.
Le vôtre est beaucoup plus simple : vivre ce qui est en train de se passer.
Et paradoxalement, c’est souvent lorsque vous cessez complètement de penser aux images que les plus intéressantes apparaissent.
Ce qui rend un film naturel, ce ne sont pas seulement les images
Il y a aussi les voix.
Un film de mariage ne raconte pas uniquement une journée avec une succession de beaux plans.
Une phrase prononcée pendant une cérémonie. Quelques mots d’un parent. Un rire. Une hésitation dans une voix. Le bruit des invités quelques secondes avant une entrée.
Le son réel permet de retrouver quelque chose que les images seules ne peuvent pas toujours restituer.
C’est aussi pour cette raison que j’accorde beaucoup d’importance à l'enregistrement des cérémonies, des discours et des ambiances.
[LIEN INTERNE — sur « le son réel » ou « les voix » → article : Ce que le son révèle dans un film de mariage]
Et si nous sommes vraiment très réservés ?
Alors il faut simplement en parler avec votre vidéaste avant le mariage.
Pas pour prévoir davantage de mise en scène. Au contraire.
Savoir qu’un couple est particulièrement réservé permet d’adapter sa présence, la durée d’une séance couple ou la manière de donner quelques indications lorsque cela est nécessaire.
Il n’existe pas une seule bonne manière de filmer tous les couples.
Certains sont très démonstratifs. D’autres beaucoup moins. Certains parlent énormément. D’autres expriment davantage les choses par leurs gestes ou leurs regards.
Un film doit pouvoir respecter cela.

C’est aussi ce qui explique pourquoi deux films réalisés par le même vidéaste peuvent avoir une identité différente.
Alors, faut-il prendre un vidéaste si l’on n’aime pas être filmé ?
Oui, à condition de choisir une manière de filmer qui vous corresponde.
Si l’idée de passer votre mariage à poser vous déplaît, la question n’est peut-être pas de savoir si vous êtes « faits pour la vidéo ».
La vraie question est plutôt :
comment avez-vous envie que votre mariage soit filmé ?
Regardez les films complets du vidéaste que vous envisagez. Observez les couples. Les personnes semblent-elles conscientes de la caméra ? Les situations paraissent-elles provoquées ? Les gestes vous semblent-ils naturels ? Vous imaginez-vous vivre votre journée de cette manière ?
Et parlez-en avec lui.
Un film de mariage ne devrait pas vous demander de devenir quelqu’un d’autre pendant une journée pour obtenir de belles images.
Pour ma part, je préfère partir de ce qui existe déjà : les regards, les gestes, les voix, les silences et tout ce qui se produit lorsque vous ne pensez justement plus à la caméra.
C’est à partir de cette matière que le film se construit.